Ma plus grande épreuve deuxième partie

30 juillet 2018|Par Danick Bouchard
La passion, une source d’énergie inestimable
Ma plus grande épreuve deuxième partie

Ma plus grande épreuve deuxième partie;  

La passion, une source d’énergie inestimable

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Nous sommes le 22 décembre 2007 en chemin vers l’hôpital. Je n’ai toujours pas la confirmation exacte de ma blessure, mais je sais très bien que c’est grave. C’est une heure plus tard que j’ai eu le verdict : mon fémur est cassé. L’os est complètement sectionné et donc, on tente de me faire réaliser que je ne jouerai plus du reste de la saison… chose que je refuse d’admettre et c’est grâce à cet entêtement que j’ai passé au travers des mois qui suivront. 
Depuis le début de cette première saison professionnelle au Texas (ECHL), je carburais sur ma passion et c’était facile, tout allait bien. Tu sais, quand ça va bien, on se sent intouchable et on se sent tellement passionné dans ce qu’on fait que tout semble naturel. Mais en ce moment, c’était tout le contraire qui se présentait devant moi. Un immense nuage gris venait de se poser au-dessus de ma tête et si je voulais m’en sortir, j’avais besoin de mon meilleur atout, un atout qu’on a tendance à oublier quand tout va mal. Encore une fois, je parle de ma Passion. 

La passion c’est quoi ? 

Je pense que la signification profonde de ce mot peut varier selon les personnes, l’important c’est de la connaître et encore mieux, de l’utiliser. Pour moi c’est un besoin, une dépendance, quelque chose qui me rend tellement heureux, le sentiment que j’ai dans le ventre avant d’embarquer sur la glace et l’émotion que je ressens quand je « score » un but ! Donc comment me servir de ma passion si je ne peux pas faire tout ce que je viens de vous dicter ? Facile ! L’été, je ne joue pas au hockey régulièrement, je fais quoi ? Je m’entraine pour garder la forme donc pour continuer à jouer au hockey. Est-ce que j’aime m’entrainer ? Arriver chez moi après mon training de sprints et avoir du mal à respirer ? La vérité c’est que oui j’adore ça, parce que je sens que je me dirige vers la bonne direction en tant que joueur de hockey. Pour moi l’entrainement, ça fait partie du métier de joueur de hockey et c’est plate mais les blessures aussi. Je me suis dit : Je vais me relever de cette blessure là et je jouerai ensuite au hockey jusqu’à 30 ans !!! Oups j’ai 32 aujourd’hui et je joue encore, ça me rajeunit pas cette histoire-là..

Événements négatifs vs perte de Passion

Ce que j’essaie de vous dire c’est que la passion est là dans nos bons moments et on la sent extrêmement forte durant ces périodes-là. L’erreur qu’on fait lorsque des moments plus difficiles arrivent c’est qu’on s’imagine qu’on l’a perdue. On laisse abattre ce qui a de plus précieux pour des événements négatifs. Ce qu’on ne comprend pas c’est qu’on devrait se servir de cette passion pour se relever et affronter ces événements. Ce sont deux choses complètement différentes. C’est peut-être un peu cliché ce que je vais vous dire là mais regardez Rocky III. C'est "L’œil du Tigre" (eye of the Tiger) qui l’a fait redevenir champion du monde contre un adversaire plus fort que lui. Selon vous, c’est quoi l'oeil du Tigre ? Je ne pense pas avoir besoin de l’écrire une autre fois, on se comprend 😉 

Aller jusqu'au bout de ses objectifs

Donc pour revenir à ma saison au Texas, j’ai mis 2 mois environ à marcher sans béquille et ensuite quelques semaines pour regagner un peu de force. Je suis donc aller voir le docteur au bout de 2 mois et demi pour passer un examen, car j’avais dans l’idée de recommencer à patiner juste avant les playoffs pour aller vraiment jusqu’au bout de ce que j’avais entrepris. Car depuis le 22 décembre, j’ai exactement tout fait ce qu’on m’avait demandé, suggéré, prescrit, je me suis donné à 100% pour l’objectif que je m’étais fixé : jouer en playoffs. Le docteur a regardé mon trait de fracture et selon lui ce n’était pas dangereux de patiner, mais il trouvait ça complètement fou de penser que j’allais jouer en playoffs contre 5 joueurs adverses qui sont prêts à m’arracher la tête ! J’avais deux choix devant moi. Il m’a dit : « Tu vas sur la glace, tu vas patiner seul 3 ou 4 fois et tu vas te rendre compte que tes muscles ne sont pas du tout prêts à jouer un match de hockey ou, tu continues de faire ta thérapie et tes entrainements hors-glace et tu penses à ta prochaine saison. Ce que je dois préciser ici c’est que pour aller sur la glace, le docteur devait me « clearer » comme on dit, m’enlever de la réserve des blessés. Si je décide de ne pas aller sur la glace, je reste sur la réserve des blessés tout l’été et je fais 75% de mon salaire en indemnité d’invalidité. 

J’avais 21 ans, prendrais-je la même décision aujourd’hui, je ne sais pas, mais je suis fier de l’avoir fait à l’époque, et je me suis fait traiter d’imbécile par pratiquement tous mes coéquipiers ! J’ai décidé d’aller sur la glace, je voulais simplement aller au bout de mon objectif. Evidemment, je n’ai pas pu jouer en playoff, j’avais aucune force dans la jambe, quand je me regardais dans le miroir, je semblais avoir un mollet sur toute la longueur de ma jambe droite ! Eh oui, j’ai tout perdu mon argent d’indemnité pour l’été, mais à l’époque je m’en foutais complètement. 

Suivre son coeur ça paye un jour ou l'autre

Cet été-là, environ 5 mois après mon accident, j’ai reçu un coup de fil de mon entraineur du Texas pour m’annoncer que j’allais participer au camp d’entrainement des Panthers de la Floride. Je ne comprenais rien, l’année d’avant j’avais marqué 54 buts dans la ligue junior majeur du Québec pour recevoir une invitation dans la ligue américaine seulement et là, tu me dis que je n’ai pas joué pendant plus de 5 mois et que je m’en vais dans un camp NHL ? C’est lui, mon coach au Texas qui, avec ses contacts, m’a permis d’obtenir ce try-out.

Avec du recul aujourd’hui, je sais exactement pourquoi je me suis mérité ce camp avec les Panthers. C’est mon éthique de travail, ma détermination, ma discipline durant ces mois difficiles qui ont ému mon entraineur. Il m’avait dit qu’il n’avait jamais vu quelqu’un travailler autant dans des moments difficiles. Eh bien je le dois à une seule chose… pas ma vitesse, mon lancer, mon sens du jeu, ma force physique. Mais ma Passion. C’est le plus bel accomplissement de ma carrière et j’ai fait ça à 21 ans ! 

C’est certain qu’après cette épreuve, j’ai eu 3 ans où les choses ont été très difficiles. J’ai quand même réussi malgré tout à me faire rappeler deux fois dans la ligue américaine par le club école des Avalanches du Colorado et des Hurricanes de la Caroline. Ce fut néanmoins des saisons en montagnes russes en raison de douleurs persistantes dans ma jambe. Malgré tout, je suis aujourd’hui en Europe (France) depuis plus de 8ans, je vis de ma passion et j’adore ça.

Pour terminer, écoutez votre passion, car je crois qu’on en a tous une, laissez-là aller et servez-vous en dans les bons moments et surtout dans les pires…

  • Danick Bouchard 
  • Co-Fondateur Hockey Projection 
  • Joueur de hockey professionnel Ducs d'Angers  

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