Les protecteurs buccaux protègent t'ils vraiment des commotions cérébrales?

26 juin 2018|Par Kevin Mahot
Les protecteurs buccaux protègent-ils vraiment des commotions cérébrales?
Les protecteurs buccaux protègent t'ils vraiment des commotions cérébrales?

Les protecteurs buccaux protègent-ils vraiment des commotions cérébrales?

En tant que préparateur physique des Ducs d’Angers (Ligue Magnus de France) il m’était nécessaire de me pencher sur la question délicate des commotions cérébrales, en particulier au hockey. C'est donc dans ce cadre que je me suis intéressé à l'excellente revue de littérature , qui vient d'être publiée, pour 1 analyser le lien entre le port du protège-dents (ou protection Intrabuccale - "PIB") et une éventuelle prévention des commotions cérébrales (ou Sport Related Concussion -"SRC"). 
Tout d’ abord entendons-nous: la commotion cérébrale est définie comme un trouble immédiat et transitoire du fonctionnement du cerveau induit par des contraintes biomécaniques traumatiques. Ce trouble est défini comme un processus physiopathologique complexe dont la résolution est spontanée. La "SRC" peut survenir suite à un coup porté directement à la tête, au visage, au cou ou à toute autre partie du corps par la transmission à l’encéphale de contraintes d’inertie importantes. 

Pourquoi le protège-dents pourrait éventuellement avoir un effet préventif?
 

Le joueur exerce une pression sur la "PIB" à l’aide de ses dents, il contracte alors les muscles de la tête et du cou. Cette contraction permettrait de stabiliser le crâne et de réduire les forces de rotations auxquelles le cerveau peut-être exposé. Les auteurs ont donc exploré la littérature scientifique pour savoir si cette réduction des forces de rotation était suffisante pour déclarer la "PIB" comme un outil efficace de prévention des "SRC". Ils concluent que le port de "PIB" ne peut pas et ne DOIT pas être recommandé dans la prévention des "SRC". 
Aucun  "PIB" n’a fait la preuve de son efficacité dans la diminution de la survenue et/ou de la gravité des "SRC". Cette revue de littérature confirme la déclaration de consensus de la conférence internationale sur les "SRC"  dans laquelle il est indiqué qu’il n’existe pas, actuellement, de preuves scientifiques 2 fiables permettant d’affirmer que le port du protège-dents réduit le risque de survenue et/ou la gravité des commotions cérébrales, et ce, quel que soit le sport pratiqué (hockey, football américain, soccer, rugby, basket-ball, etc). 
Les conclusions de cette revue de littérature sont à prendre en compte pour les staffs et les joueurs des sports pour lesquels les risques de "SRC" sont élevés (hockey sur glace, rugby, foot us, boxe, etc). L'explication majeure pour laquelle le port de "PIB" ne serait pas un outil de prévention, selon la littérature, réside dans le phénomène dit de "compensation des risques" : le joueur se sentant protégé il va mettre en place un style de jeu plus agressif, ou encore moins se protéger dans les impacts. Je pense que toute personne qui a déjà mis les gants connait ce phénomène de compensation des risques: on ne boxe pas du tout de la même manière si on ne porte pas de casque ou de "PIB", on se protège plus.
Attention, le port du "PIB" doit cependant être maintenu puisque ce dernier revêt tout de même un intérêt majeur dans la prévention des lésions oro-faciales. 
 

En conclusion et dans la pratique:

  •  Chaque club devrait proposer à ses joueurs une "PIB" sur mesure d’une épaisseur de 3 mm ou plus au niveau de la zone postérieure occlusale .
  • Chaque club devrait  développer la sensibilisation des sportifs aux SRC, à leurs conséquences et à la façon de les prévenir. 
  • Rappeler que le protège-dents n’est pas un outil efficace dans la prévention des risques de commotions. 
  • Rappeler que le protège-dents est un outil efficace dans la réductions des lésions oro-faciales. 
  • Pour le préparateur physique : Renforcer la musculature du cou. 
  • Pour le préparateur physique :Travailler sur la réactivité et la prise d’information pour améliorer l’anticipation des impacts. 
  • Au niveau du club: mettre en place des protocoles commotions standardisés pour améliorer le dépistage et la prise en charge des sportifs victimes de "SRC", recueillir et contrôler les multiples paramètres de confusion pouvant augmenter le risque de "SRC" ; 
  • Pour le staff sportif et médical mettre en place un protocole strict et attentif de retour au jeu. 
  • Pour le staff sportif et médical: être particulièrement vigilant avec les joueurs déjà victime de "SRC". (facteur multipliant de 3 à 11 le risque d’être a nouveau victime d’une "SRC").
  •  Favoriser les pratiques de fair-play: annoncer head-up lorsqu’un joueur ne voit pas la charge venir, ne pas faire de charge dangereuse quelque soit l’enjeu du match…, et être particulièrement sévère avec l’auteur d’une charge dangereuse…, avec pourquoi pas sanction du joueur-auteur d’une suspension au moins égale au temps d’indisponibilité du joueur victime d’une "SRC". 

 

 

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Références: 
Mathieu Gunepin, Florence Derache, Arnaud Dagain, Emmanuel Sagui, Benoit Bédrune, Jean-1 Jacques Risso, Intérêt du port d’un protège-dents dans la diminution de l’incidence et/ou de la gravité des commotions cérébrales dans le sport. Revue de la littérature. http://www.mbcb-journal.org/articles/mbcb/pdf/first/mbcb160031.pdf Conférence à l’initiative des fédérations internationales de hockey sur glace (IIHF), de football 2 (FIFA) de l’International Rugby Board (IRB) et du comité international olympique (CIO))

 

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