La consommation de substances psychoactives chez les jeunes

30 octobre 2017|Par Sara-Maude Joubert
La consommation de substances psychoactives chez les jeunes
La consommation de substances psychoactives chez les jeunes
 

Quand la « médic » se trouve dans les rues : la consommation de substances psychoactives chez les jeunes

 Tout d’abord, qu’est-ce que c’est « les substances psychoactives » (SPA) ?   

Ce sont toutes les substances (alcool, drogues, médicaments, tabac, toxiques, etc.) qui vont avoir un effet direct sur le cerveau. Ces substances modifient l’équilibre chimique et hormonal de l’humain ce qui peut occasionner des changements de comportements, d’humeurs, de perceptions et d’émotions. Ils peuvent également occasionner des changements au niveau de la réactivité physiologique et moduler le fonctionnement de notre corps (sensation d’apaisement ou d’agitation, maux de tête ou soulagement musculaire, etc.). Alors que cela peut sembler péjoratif, rappelons-nous que plusieurs substances psychoactives sont prescrites au quotidien par des professionnels de la santé pour diminuer la souffrance et augmenter le fonctionnement des personnes dans leur quotidien (antidépresseurs, Ritalin, etc.).
 

 Est-ce dangereux, la consommation de SPA?   

Ça dépend de différentes choses comme la qualité du produit utilisé (répond-il aux normes canadiennes?), de sa légitimité (est-ce que c’est prescrit par un professionnel de la santé?) et des conditions entourant son utilisation (fréquence et usage d’autres produits en même temps). Cela dépend également de l’état de santé de la personne au moment de la prise de la substance et du problème que l’on souhaite enrayer avec ladite substance. Tous ces nombreux paramètres sont importants pour s’assurer dans la mesure du possible que l’usage de la substance ne sera pas nocif et que, mieux, elle permettra d’avoir les effets escomptés sur votre bien-être et votre santé. C’est aussi pourquoi plusieurs professionnels de la santé travaillent de pair lorsqu’il est question de prescrire des médicaments (médecin pour le check-up physique, pharmacien pour une vérification de la dose et de possibilités d’interactions dangereuses avec d’autres produits, psychologues pour monitorer l’efficacité des antidépresseurs par exemple).
     Quand ces critères ne sont pas respectés, comme dans le cas de la consommation de produits venant de la rue, là il y a un danger. Dans ces circonstances, il n’y a aucune garantie entourant les effets de ce que vous consommez. C’est un peu comme faire un quitte ou double : si votre consommation vous amène là où vous voulez aller… c’est que vous avez été chanceux (jusqu’à maintenant et, à court-terme) parce que les chances que votre problème empire sont très élevées. C’est un peu comme si vous vous promeniez dans un marché public d’un pays inconnu et que vous souhaitez acheter des épices fraiches… sauf que vous n’avez aucune idée si ce qui est présenté sur les tables va relever vos plats (comme vous le souhaitez!) ou bien si c’est de la décoration (tsé les pots-pourris, les trucs qui sentent si bons et qui ont l’air prometteurs… jusqu’à temps qu’on leur goûte). Ce que vous prenez est aléatoire et les effets sont donc, eux aussi, aléatoires!
     De plus, certaines substances comme l’alcool, ont des effets parfois trompeurs. Un peu comme une actrice qui fait semblant de vivre le plus beau jour de sa vie, la consommation d’alcool fait semblant de nous rendre heureux, à court-terme. L’alcool vient avec un effet d’euphorie. Par contre, cette substance est en fait un dépresseur qui, sur le plan chimique et moléculaire, provoque des sentiments de déprime et d’amertume.
 

 Les problèmes de consommation : comment sait-on quand c’est trop?   

Ça, c’est probablement la question que j’entends le plus souvent… quand est-ce que consommer c’est trop? Il y a deux réponses à cela. La première, la consommation est symptomatique d’un problème lorsqu’elle a une fonction particulière, c’est-à-dire lorsqu’elle vise à aider à se relaxer, à s’amuser, à diminuer de la souffrance ou à se concentrer. Quoi?! Mais qui ne boit pas de l’alcool pour avoir du plaisir? Et bien à cette question, je vous réponds : pourquoi avoir besoin de boire pour s’amuser avec autrui? La consommation récréative d’alcool est parfaitement acceptable et ne parle pas d’un problème tant et aussi longtemps que nous ne consommons pas dans le but d’être détendu avec les autres pendant cette activité ou que nous souhaitons « profiter davantage du moment », par exemple. Le même raisonnement s’applique aux fumeurs de cigarettes qui en « brulent une petite vite » pour retrouver leur calme après une dispute, aux consommateurs de pot (cannabis/marijuanna) qui se sentent plus détendus et agréables avec les autres ou aux consommateurs de speed (amphétamines/métamphétamines) et de coke (cocaïne) qui se sentent plus focus au travail.
   Pas encore convaincu? Et si je vous dis que vous êtes dépendants de votre substance dans la mesure que lorsqu’on consomme avec une idée bien précise en tête c’est qu’il est difficile d’arriver à gérer ses émotions (colère, anxiété, peine), ses relations ou les défis de votre quotidien sans. On est dépendant aussitôt qu’on l’utilise comme une stratégie d’adaptation et cela est pire lorsque le produit est utilisée de manière chronique et rigide. Pour certains, c’est les SPA, pour d’autres, c’est le travail, un amoureux, etc. Ce qui arrive avec les SPA, c’est qu’en plus, il y a très souvent une différente majeure entre les effets perçus (par exemple, détente) et les effets physiologiques réels (par exemple, perturbation des sens) de ceux-ci. Cela peut contribuer à créer un problème de dépendance comme on l’entend lorsqu’on parle de toxicomanie.
   Deuxième volet de ma réponse, la consommation est le problème (et pas seulement le symptôme d’un problème) lorsque la personne qui consomme vit de la détresse ou une souffrance significative en lien avec sa consommation, qu’elle développe des symptômes de sevrage (étourdissements, tremblements, sudation, agitation, anxiété, etc.) et de manque (« me semble que ça serait bon une petite frette à soir ») et enfin, lorsqu’elle développe des symptômes de tolérance (une plus grande quantité est nécessaire pour avoir le même effet). L’ensemble de ses critères peuvent s’accompagner de problèmes au niveau des relations personnelles (conjoint, amis, famille élargie), du travail (attitude, performances, procrastination, absentéismes, retards) et/ou de la Loi (conduite automobile avec les facultés affaiblies, vols, larcins, etc.). 
 

 Il y a toujours une fonction!   

Les personnes qui ont un problème de toxicomanie ont tous été, un jour, des personnes qui consommaient « pour le fun », « pour essayer », « pour faire comme les autres », « pour se relaxer », « pour arrêter de souffrir »… bref, elles ont tous été des personnes qui consommaient pour une « bonne raison ». Et on s’entend, certaines raisons appellent vraiment à la compassion. Ces personnes ont consommé sporadiquement et, de fil en aiguille, ont chronicisé leurs habitudes. Plusieurs processus sous-tendent ce phénomène, notamment ce qu’on appelle « les contingences de renforcement ».

     Une des théories dominantes en toxicomanie, pour expliquer le phénomène, est celle de Jacobson. Ce monsieur propose l’hypothèse que les personnes qui développent des problèmes de consommation sont des personnes qui ont une condition physiologique/psychologique de base souffrante (par exemple, un ado qui vit de la déprime) et qui tentent d’améliorer leur état par l’usage de produits psychoactifs. Ainsi, assez typiquement malheureusement un ado qui consomme du speed de manière chronique a un trouble déficitaire de l’attention sous-jacent non-diagnostiqué… l’élève qui ne se sent pas bien dans sa peau va consommer des dérivés des opiacés (anti-douleurs) ou des amphétamines ( qui ne dors pas, maigris!)… celui qui est un ultra-performant consomme en alternance de la cocaïne ( pour augmenter l’énergie au travail) et de l’alcool (pour arriver à dormir ) et ainsi de suite.
     Ce qui arrive, c’est que lorsqu’une personne se retourne vers la consommation pour régler son problème… cette consommation vient avec plusieurs effets bénéfiques! Un phénomène assez pervers se produit parce que les produits consommés (non-régulés) activent très souvent les circuits de la récompense dans le cerveau (le réseau de neurones qui nous donne une sensation de plaisir). Ces circuits sont si directement et fortement stimulés qu’ils font vivre beaucoup de plaisir et de soulagement à la personne qui se dit : « my god! C’est tellement efficace! C’était vraiment une bonne idée. ». Ajouté à cela des réussites sociales, une rétroaction positive de votre coach préféré et c’est parti! Vous consommerez de plus en plus souvent. Suivant ce principe, on peut comprendre la toxicomanie comme étant l’utilisation d’une stratégie d’adaptation, par une personne, qui s’est chronicisée grâce à son environnement et à l’effet physiologique des produits sur le cerveau. La différence entre le toxicomane et le consommateur sporadique c’est que le toxicomane, lui, a l’impression de ne plus avoir d’autres moyens pour se traiter ou pour diminuer sa souffrance. Et ça fait du sens! Les SPA agissent si directement sur le cerveau qu’il devient facile d’avoir l’impression que tout est pâle en comparaison (parler avec son ami quand ça va mal? Bof!). Il utilise donc non-stop sa conso. Pour diminuer sa souffrance… que la conso augmente!
Les adolescents et les jeunes adultes : une histoire de limites
     Les adulescents (termes tronqués entre adolescents et jeunes adultes) sont particulièrement enclins à prendre des risques dans certaines sphères de leur vie, notamment au niveau des comportements entourant leur santé physique (sexualité, SPA, sports extrêmes, etc.). Cela est dû entre autres à l’effet d’enjeux développementaux fondamentaux. Le cerveau est de plus en plus capable et efficient… le corps mature et devient fort… l’arrivée de responsabilités et les tâches qui se complexifient de jour en jour… tout cela donne envie à l’adulescent de se tester. Vient avec la réussite de défis et les accomplissements sportifs, scolaires, sociaux la question du :  jusqu’où suis-je capable? De quoi suis-je capable?
     Cette question est merveilleuse et terrifiante à la fois parce que l’adulescent qui se la pose et qui a envie d’explorer le monde a la qualité d’être confiant en ses capacités et d’avoir un minimum de sécurité interne (bravo les parents!), mais le défaut de ne pas maitriser son corps (et son cerveau! qui est encore pas tout à fait mature, by the way) et donc, il estime mal les risques associés à ses initiatives. Ces conditions créent tout un combo qui peut être explosif. Ajoutons à cela des facteurs sociaux comme le contexte d’études postsecondaires, l’influence des pairs étudiants/adulescents, des contextes de vie difficiles (contexte de hautes-performances scolaires ou sportives, absence ou maladie d’un parent, etc.) et la diminution de la supervision parentale qui viennent fournir motifs et opportunités à l’adulescent pour consommer.
     Dans cette jungle qu’est la vie, l’idéal est que le parent, le coach ou le tuteur offre des alternatives saines à l’adulescent pour gérer ses émotions et pour encadrer ses initiatives (je répète, pour encadrer ses initiatives et non pas, empêcher). Être attentif au bien-être de son jeune, c’est l’amener là il a envie d’aller en lui enseignant à être autonome. C’est lui fournir des opportunités pour se dépasser et du soutient pour l’accompagner. C’est l’entrainer à prendre des décisions par ses propres moyens et de lui enseigner comment délibérer de manière « adulte ». C’est trouver l’équilibre délicat et toujours changeant entre limites et permissivité.
 

Mot de la fin

La consommation de SPA fait parti des multiples sphères où l’adulescent peut explorer et tenter d’appréhender ses limites. Alors que cette exploration est normale (saine), il est important de mettre en garde nos ados contre les dérapages que peuvent entrainer la consommation. Que ce soit l’alcool, la drogue, la médication, les produits naturels ou même, ceux en vente libre, consommer en ayant en tête un but bien précis (geler des émotions négatives, augmenter nos performances, se faire accepter par un groupe, etc.) est déjà un premier pas vers la chronicisation. Il vaut mieux alors agir tout de suite et tenter de comprendre quelle est la souffrance derrière cette stratégie d’adaptation compromettante pour la santé (pourquoi privilégier celle-ci? Pourquoi avoir besoin d’une stratégie d’adaptation maintenant?). Par ailleurs, des questionnements s’imposent souvent sur l’entourage et les milieux de vie de l’adulescent, particulièrement lorsqu’un problème de toxicomanie s’est formé. Parler de consommation, parler de liberté, parler d’émotions et les amener à questionner quelles sont leur système de valeurs sont autant d’interventions de prévention pour les adulescents qui ont le désir de vivre leur vie et de trouver leur place dans le monde.
 
 Sara-Maude Joubert, psychologue/saramaudejoubert.psy@gmail.com                                                                                                   
 
                                           

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