Produire à la manière de Paul Byron

6 janvier 2017|Par Nicolas Cloutier, journaliste
Paul Byron
LNH

Dans les scénarios que personne n'aurait osé prédire durant l'année 2016, il y a l'émergence de Paul Byron.

En seulement 38 matchs, l'ailier gauche de 5 pieds 8 pouces a déjà dépassé son total de l'an dernier (18), avec une récolte de 23 points - ce qui équivaut à 50 sur une saison complète.  

Mieux encore, il trône au premier rang chez les joueurs du Canadien quant à la production par heure de jeu en situation de cinq contre cinq (2,60/60). L'an passé, cette statistique le plaçait au 9e rang des 11 attaquants du Tricolore (1,02/60) ayant écoulé au moins 500 minutes sur la patinoire, derrière Torrey Mitchell, Lars Eller et Sven Andrighetto.

Incroyable mais vrai, plusieurs équipes ont levé le nez sur ce choix de 6e tour des Sabres lorsque les Flames de Calgary l'ont placé au ballottage... au profit du matamore Brandon Bollig. Bon nombre d'amateurs s'étaient également montrés sceptiques lorsque Marc Bergevin s'est empressé de le mettre sous contrat pour trois saisons, en février dernier. 

Les succès inespérés de Byron s'expliquent notamment par son taux de conversion des tirs particulièrement élevé, lui qui fait mouche sur 25,58% de ses lancers (1er chez le Canadien). À moins d'un miracle, Byron ne maintiendra pas pareille efficacité, car il s'agirait là d'un record dans le hockey moderne.

Mais le passé nous indique que cette capacité de Byron à garder un taux de conversion au-dessus de la moyenne ne date pas d'hier. Elle n'est peut-être pas entièrement attribuable à un feu de paille. 

En 2015-2016, Byron, un véritable lièvre sur patins, a terminé au premier rang du CH à ce chapitre, avec une efficacité de 17,50%. Depuis qu'il a percé définitivement la LNH en 2013-2014, il possède le 18e meilleur pourcentage conversion chez tous les joueurs ayant passé au moins 1500 minutes sur la glace, tout juste devant Patrick Kane - le grand échantillon sert à éliminer le plus d'anomalies possibles. 

Aussi absurde que cela puisse paraître, Byron n'a rien d'un franc-tireur. Il n'a pas le compas dans l'oeil, décoche des tirs d'une piètre vélocité et lance rarement la rondelle. À preuve, il est le joueur du Canadien à avoir tenté le moins de tirs par tranche de 60 minutes depuis son arrivée avec l'équipe (minimum 500 minutes jouées). Vous avez bien lu, Byron dégaine moins que David Desharnais. 

Alors, comment expliquer un tel rendement?

C'est que Byron, fin renard, joue les probabilités. Autrement dit, il choisit bien ses occasions de tirer, se gardant de bousiller une possession en zone adverse en sachant qu'il n'aurait probablement pas déjoué le gardien. 

Plutôt que d'envoyer le disque au filet depuis l'aile, Byron reviendra sur ses pas ou tentera d'utiliser ses coéquipiers pour fabriquer un jeu en zone offensive. Et il se déplace très intelligemment: il est souvent dans une zone névralgique au moment où la rondelle glisse en sa direction.   

Entre lui et un attaquant comme Artturi Lehkonen, qui aime tirer pour la simple et bonne raison qu'il possède un excellent lancer, la différence est manifeste et elle est mise en relief par les deux séquences suivantes.

Sur la première, le Finlandais s'amène seul en zone offensive, sans options. Au lieu d'opter pour ce qu'on appelle un delay en jargon hockey, qui consiste à freiner en attendant l'arrivée de coéquipiers, Lehkonen se crée un angle de tir et teste la mitaine de Rinne.  

Lehkonen tir

Alors que Lehkonen se crée de l'espace alors qu'il n'en a que très peu, Byron manipule celle laissée libre au centre de la patinoire après un revirement pour attirer l'attention vers lui, et refiler à Radulov. 

Byron le passeur

Byron a inscrit 12 buts cette saison, et ils ont tous été inscrits à quelques pieds du gardien de but. Il a marqué huit fois sur des retours de lancer dans l'enclave, trois fois en échappée, et une fois sur une déviation devant le filet. L'an passé, cinq de ses 11 buts étaient enfilés sur des rebonds, et trois lors d'une échappée. Du reste, deux ont été obtenus à l'aide d'un bond chanceux de la rondelle alors que Byron tentait une passe et un grâce à un tir suivant une passe dans l'enclave.   

En 1428 minutes disputées en carrière avec le Canadien, Byron n'a ainsi jamais fait mouche sur un tir de loin, ou même un tir n'étant pas décoché depuis l'enclave. Pas moins de 56% de ses filets amassés à Montréal ont été générés par des retours de lancer. 

Comment produire à la manière de Paul Byron? Faites circuler la rondelle en zone offensive... Privilégiez le contrôle du disque aux tirs décochés... Et jaillissez dans l'enclave au moment opportun. 

Statistiques: David Johnson, stats.hockeyanalysis.com

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