La posturologie… pour rectifier le tir

17 janvier 2017|Par Mathieu Boulé
Posturologue
La posturologie… pour rectifier le tir

Ce blog, j’aurais du l’écrire il y a longtemps. On est tous un peu victime de nos perceptions et on s’imagine que les autres nous comprennent et nous entendent de la même façon que ça résonne dans notre tête. C’est l’erreur à ne jamais commette. On assume… et c’est le début de la fin.

Ce blog est nécessaire. Ce blog, il n’est pas pour moi. Dans ma tête et celle des posturologues, tout ce que je vais déblatérer est clair. Ce blog, il est pour vous. Il est pour ceux qui sont curieux, pour ceux qui sont septiques, pour ceux qui connaissent et il est pour ceux qui n’en savent rien.

Ce blog, c’est pour rectifier le tir. Ce blog, c’est pour dire deux choses :

  1. La posturologie est un outil d’une puissance remarquable inégalée.
  2. La posturologie a ses forces et ses faiblesses ; elle ne couvre pas tous les domaines qui doivent être analysés et travaillés pour une performance optimale.

Je devrais probablement ajouter un troisième élément :

  1. La posturologie, en 2017, comme elle est pratiquée par plusieurs, c’est beaucoup plus que des semelles !

Ce blog est divisé en deux sections. La première démystifiera ce qu’est la posturologie, aujourd’hui. La seconde relatera un article récemment paru sur FB de la part d’un kinésiologue de l’équipe SciencePerfo, un groupe de professionnels de la santé dédié à la performance au hockey.

  1. Au fait, la posturologie, c’est quoi aujourd’hui ?

La posturologie, c’est un peu la science du non diagnostic. Et c’est un peu ça qui peut embêter. On nous demande parfois :

Quelle est votre spécialité ? Les genoux, le cou, les épaules ?

La posturologie ne connaît pas les diagnostics et ne s’attarde pas aux articulations du corps de manière locale. En ce sens, le posturologue, dans un monde idéal, doit déjà travailler avec une équipe qui peut diagnostiquer les pathologies du système musculo-squelettique, entre autres. Aussi, idéalement, comme il s’intéressera au mouvement oculaire afin de créer de l’équilibre et en statique, et en dynamique, ce n’est pas une mauvaise idée de travailler de concert avec un ophtalmologue et/ou un optométriste. Certains au Québec sont d’ailleurs formés pour améliorer le mouvement oculaire. C’est tout un plus pour les posturologues.

La posturologie s’intéresse à un déséquilibre global de nature statique ou dit postural. À savoir que les neurosciences modernes ont démontré que le pied et l’œil étaient des capteurs d’information importants qui permettaient d’ériger le corps contre la gravité, le posturologue s’intéresse à ces deux capteurs qui, d’après nos critères de normalité, sont souvent déréglés.

C’est quand même assez simple. Dès que les deux pieds n’ont pas le même appui au sol ou que l’on peut identifier un trouble de la convergence oculaire, on trouve, sur la structure, les déséquilibres morpho statiques accompagnants.

Voici quelques références qui justifient l’intérêt tout spécifique que les posturologues portent au pied (peau du pied) comme référentiel postural :

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/12395099

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/11313452

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10465703

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/9831459

  • L’information des récepteurs cutanés joue un rôle dans le contrôle de la force que peut produire une cheville. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23702971
  • Lorsque sur une surface mobile, les récepteurs cutanés de la sole plantaire procurent assez d’information, à eux seuls, pour planifier un ajustement anticipatoire pour l’initiation de la marche. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23390513
  • Il y a un lien entre la sensibilité de la sole plantaire et l’équilibre chez des sujets atteints de la sclérose en plaques.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21683600

  • Et les récepteurs de la peau et des muscles contribuent aux mouvements de la cheville.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22766849

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17255169

 

Ici, une étude qui fait le lien entre le rôle du pied et des yeux, à savoir que le pied affecte l’œil dans sa motricité.

  • Des semelles minces ont une influence sur la posture et les mouvements de vergence.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26637132

Voici une liste d’études stipulant l’importance du capteur oculaire dans la motricité globale et dans la cognition:

  • La poursuite oculaire dans un contexte où la tête demeure droite perturbe l’équilibre statique du corps.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27190478

  • Le mouvement des yeux affecte la stabilité posturale chez des sujets jeunes et en santé.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26096315

  • Les enfants souffrant de dyslexie démontrent des performances au niveau des mouvements oculaires plus faibles.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25538603

 

Les posturologues s’intéressent à l’équilibre musculaire, comme bon nombre d’autres intervenants en performance. Cependant, ils portent une attention toute particulière aux muscles oculaires pour les raisons suivantes :

  • Le mouvement des yeux affecte le contrôle postural de femmes jeunes et moins jeunes.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27695412

  • L’entraînement de la saccade oculaire améliore l’équilibre postural chez des enfants souffrant de TDAH.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24691355

  • L’entraînement des saccades oculaires améliore le contrôle postural chez des enfants.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24278379

  • La proprioception provenant des muscles oculomoteurs est un élément de la référence posturale.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/3445896

 

Les technologies suggérées par les posturologues sont exclusives. Ce sont seulement les posturologues dument formés qui sont en droit d’utiliser les outils thérapeutiques (semelle posturale), dont le but est, entre autres, de diminuer les oscillations posturales et d’équilibrer la structure. Au Québec, c’est maintenant au-dessus de 250 sujets qui ont été testés sur plate-forme de stabilométrie avec ces dites semelles et nombre de photos on été prises, attestant les changements au niveau de l’équilibre et au niveau structurel. N’hésitez pas à contacter Posturepro (www.posturepro.net) pour de plus amples informations à ce sujet.

En ce qui concerne les exercices, bien qu’ils sont disponibles pour tous, c’est mon expérience en tant que conférencier ayant formé beaucoup de kinésiologues dans la dernière année, qu’ils ne sont tout simplement pas connus des milieux académiques, du moins au Québec.

Ceci étant dit, la posturologie vise trois buts :

  1. Équilibrer la structure dans les trois plans de l’espace, permettant un jeu articulaire optimal dans le but de maximiser les mouvements.
  2. Améliorer la connexion entre le système nerveux central et le système musculaire de par des exercices visant, entre autres, l’intégration des réflexes primitifs.
  3. Diminuer la quantité d’énergie dépensée par l’organisme pour tenir debout et bouger.

Si c’est vrai que la posturologie a été testée en laboratoire en Europe et au Canada (plusieurs cliniciens ont leur propre plate forme de stabilométrie), elle a aussi été testée sur le terrain. Plusieurs entraîneurs de renom, internationalement, s’y intéressent. D’autres sont convaincus de son efficacité.

D’ailleurs, il est important de spécifier que ceux qui ne sont pas certains, à mon savoir, n’ont pas même fait l’expérience, d’une session initiale, en posturologie.

Ce qui rend la posturologie unique, pour certains, c’est les moyens correctifs utilisés. Certes, la semelle posturale, par exemple, nous est unique et originale. Cependant, il faut penser que ce qui distingue la posturologie, c’est qu’elle ne tolère aucun déséquilibre morpho statique. On s’en moque un peu parfois. On dit que ce n’est pas possible, cette eutonie vertébrale ou posturale. Et bien, c’est vrai que dans certains cas, ce n’est pas possible. C’est aussi vrai que dans d’autres cas, ça nécessite des travaux occlusaux et dentaires importants. Somme toute, plus on se rapproche de cet idéal controversé, plus on favorise une mécanique efficace et si c’est vrai que même la nature de celle-ci peut être contestée dans son rôle versus la douleur ou la performance, on peut quand même penser que si on a le choix entre l’équilibre ou le déséquilibre, l’équilibre est un choix séduisant.

Pour certains, la posturologie, c’est aussi devenu l’intégration des réflexes primitifs. Et c’est là où l’on rejoint souvent davantage kinésiologues et entraîneurs. Certains vont nous dire que l’intérêt de ces réflexes, c’est à la naissance et que, à l’âge adulte, ça ne vaut pas la peine de les observer. Il y a des travaux, dont ceux de Sally Goddart Blythe, MSc (psychologie), FRSA qui suggèrent que, chez les adultes, on retrouve des réflexes mal intégrés et que ces immaturités neuro-motrices, comme chez le nouveau-né, peuvent gêner le déploiement d’une mobilité efficace.  Chose certaine, ce n’est pas rare dans une journée de trouver des réflexes de Galant positifs, par exemple.

La manière d’intégrer ces dits réflexes ne fait pas l’unanimité, non plus. C’est avec des exercices de remodelage et des stimulations cutanées (sensorielles) que, cliniquement, on voit le progrès du client, sur une période qui s’échelonne souvent sur 3-6 semaines, dans le contexte où l’on utilise la posturologie en premier lieu. Sur une période d’un an, on est souvent capable d’intégrer ces réflexes primitifs, qui permettent une position érigée efficace et des mouvements justes et précis.

Qu’est-ce que la posturologie ne fait pas ? Et bien, tout le reste ! La posturologie ne s’intéresse pas spécifiquement à l’aigu. Elle ne s’intéresse pas d’emblée au traumatique, non plus.

La posturologie ne connaît pas d’outils pour améliorer les capacités d’un muscle à performer, outre la connexion entre le système nerveux central et périphérique. Tout ce qui est force, puissance, endurance… ça ne nous appartient pas. Ceci dit, si le posturologue est aussi kinésiologue ou entraîneur, c’est autre chose. Et si le posturologue est aussi dentiste (ça arrive), c’est aussi autre chose.

Dans les années à venir, la posturologie ne remplacera rien, ni personne. Seulement, ce qui était clair pour moi et peut-être maintenant pour vous, c’est que si elle est utilisée en premier temps, avant de tester le bolide sur la piste de course, on risque de tout casser. Êtes-vous prêts ?

  1. L’article sur la posturologie de la part de l’équipe de Scienceperfo

Déjà, le titre de l’article stipule : La posturologie, une révolution dans le monde du sport québécois ?

 

http://scienceperfo.com/posturologie-revolution-monde-sport-quebecois/

 

C’est bien de poser la question. C’est quand même le signe qu’une approche de conditionnement cérébral permanente (la posturologie) se fait connaître. Il faut peut-être spécifier que si ça semble tout nouveau pour nous et que, au Québec, la posturologie, c’est surtout un outil de performance sportif, en Europe, la situation est toute autre. En effet, ce sont plus de 6000 professionnels de la santé qui sont formés en posturologie et on compte parmi les pays les plus intéressés la France, l’Italie, l’Allemagne, le Portugal. Aussi, la posturologie, c’est le fruit d’une collaboration entre médecins et neuroscientifiques. Elle est d’ailleurs enseignée dans quelques universités comme celle de Barcelone, par exemple, à la maîtrise.

Somme toute, ce n’est peut-être pas aussi ésotérique que certains l’entendraient et c’est définitivement très différent de ce qui se fait autrement. Pour ceux qui connaissent, qui ont expérimenté et qui ont fait plus qu’une simple revue de la littérature, il est clair que, pour le meilleur ou pour le pire, la posturologie ne ressemble en rien, autant en concepts qu’en application, à la kinésiologie, entre autres. Elle a émergé des neurosciences. C’est déjà une différence notable versus ce qui est offert généralement, tant au niveau mouvement ou thérapie.

À la lumière de ces faits, il est faux d’admettre que ce travail est fait par quiconque autre. Ce n’est pas pour dire que d’autres ne font pas un travail de nature posturale, certes. Mais ce travail phasique (où l’on valorise le mouvement volontaire) n’à rien avoir avec la posturologie, qui travaille à prime abord sur le tonique (le système en charge du mouvement involontaire). Comme de fait, l’un complémente l’autre, bien évidemment.

La posturologie ne connaît que la collaboration. Elle est née de l’effort de professionnels de plusieurs disciplines qui tentent, à ce jour, de démystifier ce qu’est le contrôle moteur.

Il est vrai que le terme posturologue n’est pas réservé et c’est vrai que je recommande à tous de bien faire ses devoirs avant de choisir un posturologue. Si ça peut en rassurer certains, nombre d’entre eux sont universitaires, souvent kinésiologies, surtout dans le domaine sportif.

À vous de jouer !

Tu veux commenter cet article? Assure-toi de respecter la nétiquette